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mardi 15 janvier 2013

AU CREUX DE TOUS LES CREUX



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© Elsa BONY

ARBRE QUI RAMASSAIT SES FEUILLES À L'AUTOMNE

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© Elsa BONY

ARBRE QUI RAMASSAIT...

 

 

I

 

Quelle mort attendait le parcoureur de nuit

À grandes enjambées ? Plus ne va ni ira.

Doucettement, il a, au charme de la pluie,

Fait ramollir son cœur que la course cira.

 

II

 

Parchemin, mon ami, je te croyais savoir,

Malgré le temps, malgré mon grenier qui jaunit

Cependant, je croyais connaître mon avoir :

Mon grenier contenait revivante momie !

 

III

 

Ces histoires relues nous semblèrent très tristes

Et nous vint le regret du temps où nous en rîmes

Mais il nous reste que, même close, la liste

Pèse sur notre cœur à raison et à rime.

 

IV

 

L'arbre qui ramassait ses feuilles à l'automne

Marchait sur les chemins encore trempés de pluie ;

Chacune murmurait son regret monotone :

"Tu as beau regretter, tu n'y peux rien, je suis."

 

(bernard  garrigues)

 

samedi 16 juin 2012

ABANDONNONS ! MOT MIEN



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© Elsa BONY


ABANDONNONS ! MOT MIEN

 

IX

 

Demain, il nous faudra choisir d'autres mystères ;

Abandonnons ! Mot mien, je te sais de tout temps ;

Peu de temps suffiront à ranger nos affaires

Dépliées, il y a peu, pour un désir tentant.

 

X

 

Ce souvenir vrilleur de choses très anciennes

Nous l'avons caressé comme l'ivoire vieux

Oublié au logis toutes closes persiennes

Et qu'au jour du retour nous avons trouvé mieux.

 

XI

 

Je me rappellerai de ces pâles pays

Où le hâle des vents ouvre toutes les portes

Et celui du soleil donne droit à saillie :

Je ne conduirai plus de combat de la sorte !

 

XII

 

Aujourd'hui, nous brisons les pierres avec les dents ;

L'huile du temps passé nous apparaît donc douce ;

Au coulé du goulot de notre flacon d'ans

Un souvenir heurte un souvenir qui le pousse.

 

(bernard garrigues)

 

samedi 5 mai 2012

TANTÔT VERS LES ENFERS ...



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© Elsa BONY

TANTÔT VERS LES ENFERS

 

XIII

 

Un aboi cisailla le fil de nos dormies

Et comme un chien aimeur le jour se précipite

À l'étreinte violée. Rien à faire hormis

De maîtriser du fouet notre troupeau de mythes.

 

XIV

 

L'instant de la fumée ! Que cette chose est bonne !

Je tire posément sur le film passant ;

Quelle cendre tombée des jours passés jalonne

De sales petits tas nos souvenirs lassants ?

 

XV

 

Dans mes oublis parfois des époques me viennent

Rappeler leur être : Abandonnons ceci !

Nous mènerons bientôt de grands jeux de marelles

Tantôt vers les enfers, tantôt en paradis.

 

XVI

 

J'ai crevé mon esprit pour chercher les ciseaux

À tomber comme un pré ces illusions perverses

Éjectées du passé, fantasmes du cerveau

Maraudant en la nuit de personnes non tierces.

 

(bernard garrigues)

vendredi 27 avril 2012

QUAND CLAQUE DE RETOUR ...



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© Elsa BONY



QUAND CLAQUE DE RETOUR  …

 

XVII

 

Enfermés en nous-mêmes au milieu de la nuit

Nous avons recueilli des rythmes intérieurs

Posés comme des pierres, paravents ennemis,

Et les acides lents des nuages extérieurs.

 

XVIII

 

Quand claquent de retour toutes les joies passées

Lorsque dans le brouillard nous voguions à l'estime

Vers quelque étoile verte ou quelque perle pâle,

Tous ces demain prévus nous font regretter hier.

 

XIX

 

Ta pureté marque mon passé de noirceur.

Pourquoi enfin ai-je déplié mes bagages ?

Était bonne la route, de même que la halte

Mais, dans tes yeux lieurs, je crois lire "Arrivée".

 

XX

 

De quoi suis-je donc plein ? De regrets ? De remords ?

Pourquoi cette question que ta présence pose ?

Mes étoiles pâlies ravivent leur éclat ;

Des remords ? Allons donc, mes joies n'étaient point fausses

 

(bernard garrigues)

jeudi 19 avril 2012

SI LÉGER PARCE QUE TIEN



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© Elsa BONY

SI LÉGER PARCE QUE TIEN

 

XXI

 

La crainte de briser une enveloppe sûre

Chaque soir nous retient auprès de notre feu

À bâtir notre amour de brassées de silence

Si léger parce que tien, si léger parce que mien.

 

XXII

 

Qui me jettera donc mon passé à la tête

Pour briser comme un œuf tous ces enchantements,

Ce miroir déformant où mon visage triste

Apparaît souriant et heureux de son sort ?

 

XXIII

 

Quelle année a été le jour de ta naissance ?

Quel berger rassembla en troupeau les étoiles

En haut du ciel serein pour qu'elles te possèdent

Chacune à son tour, Chaque-jour-différente ?

 

XXIV

 

La porte m'appartient et ne l'ose franchir

Quand je sens la pesée de la nuit sur les murs

Je me sais à nouveau frère des chiens errants

Aux muscles tous noueux de plombs sales de rage.

 

(bernard garrigues)

jeudi 12 avril 2012

FRÈRES DES LOUPS



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© Elsa BONY

FRÈRES DES LOUPS

 

XXV

 

Sûr, je vous dis salut, vous amants de la nuit

Pour la compénétrance aux fenêtres ouvertes ;

Qu'ils veuillent bien entrer tous les destins des morts,

Tous les rêves passés des grands rêveurs du monde !

 

XXVI

 

Le soir, il faut mouiller, bien à l'abri, vos ancres.

Nous écoutions, bien sûr, mais dans nos têtes  folles

Des rêves imprudents construisaient notre envie

De noirs vaisseaux, la nuit, navigants à l'espère.

 

XXVII

 

Fort loin nous a mené cet espoir de prodiges

Que Marcus le Marin sans cesse ressassait

Pour les yeux agrandis de l'école marine

Jusqu'à trouver un jour les prodiges en nous.

 

XXVIII

 

Frères des loups, renards et toutes bêtes noires

Écoutez donc l'appel lancé plus d'une fois.

Le cordier veille tard pour nous tresser des cordes

À orner, dans le ciel, de toute ombre le cou.

 

(bernard garrigues)

mardi 3 avril 2012

FILS DE LA NUIT

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© Elsa BONY

FILS DE LA NUIT

 

XXIX

 

Je suis fils de la nuit, contenu dans le noir.

Harmonie ton sur ton, qui de nous deux est l'autre ?

Jamais je ne l'ai su, nous nous appartenons

Quand j'écoute, ouïe tendue, notre cœur qui palpite.

 

XXX

 

Frères vivants, les morts craignent nos cris de mort ;

Ils rejettent la nuit hors leurs murs, hors leurs portes

Et blottissent leur corps dans de fins draps de lin

Pour jouir de la peur de nos erres nocturnes.

 

XXXI

 

Qui hante dans la nuit nos ruelles obscures ?

Dormez tous, braves gens aux oreilles tendues ;

Il n'a jamais violé, le voyou,  vos pucelles

Et partout où il va, il était attendu.

 

XXXII

 

Le jour, je suis à tout  regard sous le soleil

Mais la nuit, j'appartiens à l'odeur la plus forte,

Aux sangliers, aux loups, aux cerfs et aux élans,

Aux paniques plaisirs, aux forces telluriques.

 

(bernard garrigues)

mardi 20 mars 2012

J'AI MA PLACE SCULPTÉE

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J’AI MA PLACE SCULPTÉE

 

XXXVII

 

Au creux de tous les creux, j'ai ma place sculptée.

Une huile douce fume, éclaire aussi mon livre.

Ils oublient d'où je viens et ceux que j'ai quittés

Pour ébranler, pas lourds, cette douceur de vivre.

 

XXXVIII

 

Là où le vent agit, toujours on lui fait face.

Là où tombe la nuit, l'on néglige l'abri.

Là où la neige tombe, l'on efface ses traces.

Là où la foudre tue, l'on croque les débris.

 

XXXIX

 

Au creux de tous les creux, le feu est un ami

Ronronnant à nos pieds, créateur de mystères.

Au creux de tous les creux, la porte est une amie

Retranchant le foyer aux forces de la terre.

 

XL

 

Mes frères de la nuit qui n'aiment que la Vie

J'oublie avec vous parfois que j'ai une âme

Qui me ressaisira au bond de mon envie

Pour me mener, tout doux, songer prés de la flamme.

 

(bernard garrigues)

 

lundi 19 mars 2012

À LA CROISÉE, TOUTES LES VOIES SONT BONNES

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© Elsa BONY




TOUTES LES VOIES SONT BONNES

 

XLI

 

Sans peur, sans joie, le pèlerin des quatre temps

A questionné en vain toutes les vieilles bornes,

Fontaines aux creux placées, désirant le passant

Pour susurrer, pardi, la triste histoire morne.

 

XLII

 

Qu'importe ? À la croisée, toutes les voies sont bonnes,

Les quatre temps du sort bornent tous les chemins ;

Demain redonnera ce qu'aujourd'hui nous donne :

À jouer, comme aux dés, nos avenirs prochains.

 

XLIII

 

Poursuivant nos passés comme un arbre ses feuilles

Tombées au vent venu des choses absolues

Nous avons rencontré peu de bonheurs qui veuillent

Marcher à notre pas errant, irrésolu.

 

XLIV

 

Avenir et passé ! Sourde fausse monnaie

Rendue au coin des jours aux faux chercheurs de rêves.

Je suis mort, j'ai aimé, j'ai vécu, je suis né

En marchant tous les jours, pour le jour et sans trêve.

 

(bernard garrigues)